"En
1996, je
venais d'acheter un ancien
corps de ferme plus ou
moins en ruines (non en fait, carrément en ruines) dans le
Limousin avec Mad. C'était un lieu solaire plein de
vent, de pluie et
d'étoiles. Une chouette effraye logeait dans mon grenier,
j'avais
repéré qu'un lérot me regardait
dormir, et l'hiver on pouvait suivre les traces d'une martre dans la
neige...
On grelottait
devant la
cheminée, on essayait de retaper les baraques et Mad mettait
en place un potager bio dans lequel elle voulait cultiver des
variétés anciennes. Un cadre de vie magnifique,
à un
détail près : complètement
déserté
et loin de tout(es).
Un jour, elle a débarqué
chez moi et
elle a posé quelques feuilles sur mon bureau, en disant
"ça, ce sont les personnages, fais-nous une BD avec elles".
Je ne connaissais rien à la BD, mais elle m'a
convaincue, et j'ai commencé à lui proposer
régulièrement de quoi faire une planche ou deux,
peu à peu on a constitué le premier volume qu'on
a autoédité en 1997, puis le second en 1998. Mad
n'était pas satisfaite de ses dessins et il n'y a pas eu de
troisième volume. En
réalité, un de ses tiroirs est plein de
planches qui pourraient donner
le jour à un nouvel album...
En somme, on peuplait le lieu que nous habitions
de ces personnages "virtuelles" et Chantebelette était une
communauté de proximité, sans doute comme on en
rêvait... Cependant on s'inspirait beaucoup de la
réalité, par exemple, le débat sur la
sexualité retranscrit dans le second volume s'est tenu au
CEL de
Marseille, j'y assistais, et j'avais pris des notes... Ainsi nous
voulions à la fois travailler sur l'imaginaire et nous
représenter sociologiquement (on trouve parmi les marsouines
différentes catégories de lesbiennes, dont les
radicales
comme Zaralk ou Psapfa, les lesbiennes féministes comme
Diaf' ou
des homosexuelles comme Ionessa ou Ellk, et Kimi serait
plutôt queer.
L'idée de départ,
je
crois, est venue pour Mad d'une saturation de la violence et du sexisme
qu'elle trouvait dans les BDs qu'elle lisait. Elle voulait proposer des
images positives à nos
imaginaires de lesbiennes."
Arbrelune
(Françoise Leclère).
Un
troisième album des Marsouines est en préparation
Les personnages :
Thélia est
shamane ou sorcière, ou prêtresse de la terre, (ce
qu'on
veut, c'est selon l'imaginaire de chacune), elle connaît les
plantes, et vit dans et avec la magie du monde. Il y a un
passage où elle est
agressée par des chasseurs dans les bois, et où
elle se transforme en gorgone. C'est évidemment de l'ordre
de
l'imaginaire mais c'est aussi une façon de
connaître notre
puissance intérieure, nos capacités de
résistance, tout en se réappropriant les mythes.
Yomà est
l'amante de Thélia, elle cultive un
potager bio et s'inquiète de nourrir toute la
communauté, proposant ses légumes à
chacune.
Thélia et Yomà représentent un duo
amoureux qui "fonctionne" bien. Elles savent se parler, sont attentives
et attentionnées l'une pour l'autre, se font confiance (...)
A l'inverse Kimi et Ellk forment un couple
où les partenaires,
bien que s'adorant, sont toujours décalées, ne se
comprennent pas. Elles
accumulent les maladresses, sont en permanence entre conflit et
réconciliation.
Ellk
travaille dans un magasin de chaussures, avec un patron macho, elle
passe là des journées exécrables qui
la rendent irritable. Elle est possessive et jalouse,
hyperémotive. Elle essaye de faire
coïncider sa
relation avec sa vision idéale de l'amour, (qui est
très conventionnelle).
Kimi
est plus indépendante, elle heurte son amante par ses
demandes ou ses résistances, ses pratiques sexuelles, sa
conception de l'amour (elle est dans le rejet de l'idéologie
amoureuse).
Tixi, Diaf'
et Thoriss constituent un
groupe de
musique, les perverses
polymorphes.
Tixi
est black, c'est la percussioniste du groupe. En fait, c'est elle,
avec la complicité de Diaf' (dans
la réalité imaginaire) qui dessine
la BD
en révélant la vie, les intrigues de chacune
à
Chantebelette.
Diaf'
est la chanteuse du groupe, elle est extrèmement timide,
pudique. Elle est mécanicienne et
répare les voitures de tout le monde. (Chantebelette est une
communauté où les compétences de
chacune sont mises en commun...)
Thoriss
est la guitariste. Elle a une formation de musique classique, et
elle donne entre autres des cours de violoncelle. Elle s'interroge sur
le lesbianisme, sur la culture lesbienne qu'elle découvre
peu à peu en interrogeant les autres et en recueillant leurs
avis et leur savoir.
Zaralk a
un look de
pirate, (symbole d'anticonformisme ou de rébellion. C'est
une intellectuelle, elle connaît
très bien la culture lesbienne. Elle est palefrenier dans un
centre équestre.
Psapfa
est aussi spécialiste de la culture lesbienne, à
laquelle elle participe par ses travaux de linguiste. Sa position sur
le plan affectif est un refus absolu du couple. Elle multiplie les
relations sans jamais créer de liens amoureux.
Ionessa
représente un savoir être heureuse, elle est
insouciante,
toujours de bonne humeur. Dans le premier volume elle a
décidé de tricoter un pull, il est clair qu'elle
ne sait
pas et ne saura jamais manier l'aiguille et tout le monde est perplexe
autour d'elle, se moque gentiment d'elle, pendant qu'elle s'applique,
reste concentrée sur l'effort sans jamais questionner le
résultat... Sa
chèvre, Babette, met la pagaille un peu
partout.